Souvenirs...souvenirs...

Le 7 juin prochain auront lieu les érections européennes. A cette occasion, j'ai déterré un mini-dossier de Mimile daté du 23 mars 2006, en pleine crise du CPE. C'est bizarre, mais j'ai la sournoise impression que les choses n'ont pas beaucoup changé...

Les mini dossiers de Mimile

Velours rouge

C'est curieux comme les ex-leaders de mai 68 sont étonnamment muets sur les événements d'aujourd'hui. Il est vrai qu'avec une confortable indemnité de député européen, on n'est  pas vraiment concerné par le CPE...

mai_68

...Il est vrai aussi que les temps ont bien changé et que le rêve se fait rare. Le suffrage universel, la contraception (la France a autorisé l'usage de la pilule contraceptive en 1967), le SMIC, les lycées mixtes, la remise en cause de la répartition des tâches dans le couple (« Qu'est-ce qui est plus long : faire cuire le steak d'un révolutionnaire ou celui d'un bourgeois ? »)... font maintenant partie de notre quotidien. Les colonies françaises, les gardes rouges de la révolution culturelle chinoise ont disparu de même que la guerre froide. Le père Roger (Communauté de Taizé), figure chrétienne emblématique de l'époque n'est plus. Les "nouveaux philosophes" ne philosophent plus guère et  le Vietnam est bien loin. Difficile dans ces conditions de faire des rapprochements... Quoique l'Irak, la montée de la précarité et de la paupérisation, les ghettos qu'on a laissé pourrir, le rejet du consumérisme, la mondialisation et ses incertitudes, le désarroi d'une partie grandissante de la jeunesse, le carcan législatif de plus en plus contraignant, le matraquage médiatique et publicitaire... pourraient quelque part stigmatiser un certain ras le bol général et autoriser quelque rapprochement. En dehors des slogans de l'époque, que retiendra-t-on de l'événement? Les élections législatives de juin 1968 voient la très large victoire des gaullistes, car la solution paraissait être dans la stabilité institutionnelle. De Gaulle qui avait souhaité un référendum (sur la décentralisation et une réforme du Sénat) qualifiera ce tsunami social de "chienlit" mais perçoit que les événements ont mis en exergue un besoin de démocratie plus direct et plus proche du peuple et met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français répondent « Non ». Les Français répondent "Non" et...il part. Promesse tenue. L'élection de Mitterrand en 1981, sur le thème très mai 68 « Changer la vie », met un point d'orgue à l'événement...L'histoire n'est qu'un perpétuel recommencement et les slogans de 68 ( "Il est interdit d'interdire", "Sous les pavés, la plage", "L'imagination prend le pouvoir !", "Laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes"...  ), même s'ils sont l'expression d'un rêve de jeunesse à un moment T, sont plus que jamais d'actualité en 2006. Il est temps que les élus de tous poils (réformateurs, révolutionnaires rangés ou non des barricades ou conservateurs inébranlables) s'extirpent de leurs assemblées et de leurs fauteuils de velours rouge pour écouter leur propre progéniture, dialoguer et peut-être comprendre que la vie changera encore, de toutes façons, avec ou sans eux et que le "trop plein" ne se nourrit pas de promesses fallacieuses ou de diktats à contre courant...Comprendre aussi que la précarité n'est pas exclusivement le monopole des salariés, des chercheurs d'emploi, des indépendants ou des entrepreneurs, et que si le temps des "carrières" est révolu, il l'est aussi plus que jamais pour le politique d'aujourd'hui.